CSRD au Luxembourg : se situer face au benchmark ESG d'Euronext

Le rapport ESG Trends 2026 d'Euronext donne pour la première fois un point de comparaison chiffré aux entreprises luxembourgeoises encore soumises à la CSRD après Omnibus.

Tours de bureaux modernes dans un quartier d'affaires, à la lumière du matin, illustrant la place financière et le reporting ESG des entreprises cotées.
Illustration DevEco

Le 14 septembre 2026, à l'ouverture de sa Sustainability Week, Euronext a publié la nouvelle édition de son ESG Trends Report, un benchmark portant sur plus de 1 680 sociétés cotées sur ses huit marchés, soit environ 90 % des émetteurs et près de 7 200 milliards d'euros de capitalisation cumulée dans 35 pays, selon Euronext. Pour les entreprises luxembourgeoises qui restent soumises à la CSRD après le relèvement des seuils du paquet Omnibus, ce document offre pour la première fois un point de comparaison chiffré à l'échelle européenne, plutôt qu'un simple constat de tendance.

Deux chiffres pour situer sa propre trajectoire

Selon Euronext, les entreprises ayant rapporté en continu depuis trois ans affichent une baisse moyenne de 7 % de leurs émissions de gaz à effet de serre des scopes 1 et 2, calculées selon l'approche « location-based ». Sur la même période, les grandes capitalisations ont réduit leur intensité énergétique de 19 % en moyenne, toujours d'après Euronext. Pour une entreprise luxembourgeoise qui prépare son prochain exercice de reporting CSRD, ces deux taux constituent un repère direct : une baisse de ses propres émissions scope 1 et 2 inférieure à 7 % sur trois ans la place en retrait par rapport à la moyenne des émetteurs cotés européens rapportant depuis la même durée.

Ce repère a toutefois une limite méthodologique à connaître avant de s'y comparer : il ne concerne que les sociétés ayant publié des données comparables sur trois exercices consécutifs. Une entreprise qui entame tout juste son reporting CSRD ne dispose pas encore de cette profondeur d'historique, et devra donc traiter ce premier exercice comme une année de référence plutôt que comme un point de comparaison direct avec le benchmark européen.

La SBTi, un signal de crédibilité qui se généralise

Toujours selon Euronext, plus de 250 entreprises cotées sur ses marchés ont rejoint la Science Based Targets initiative, dont 233 avec des objectifs court terme validés et 117 avec un engagement net zéro. Cette adhésion devient un marqueur que les parties prenantes, investisseurs comme clients professionnels, utilisent de plus en plus pour distinguer les trajectoires vérifiées des simples déclarations d'intention. Le rapport documente aussi une progression sur la gouvernance : la part de femmes dans les conseils d'administration des sociétés cotées Euronext est passée de 33,4 % en 2023 à 35,4 % en 2025.

Le 17 septembre 2026, Novethic a publié une lecture critique du même rapport, parlant d'une entreprise cotée « en pleine stagnation ESG » et relevant que certaines sociétés auraient quitté la SBTi, avec des émissions et une consommation d'énergie jugées globalement stables sur trois ans. Cette interprétation journalistique diverge des chiffres bruts publiés par Euronext, qui indiquent des baisses sur les mêmes indicateurs. Pour une entreprise en phase de reporting, la leçon pratique n'est pas de trancher ce débat, mais de documenter sa propre trajectoire avec suffisamment de rigueur méthodologique pour ne pas dépendre de l'interprétation qu'en fera un tiers.

Un chiffre de benchmark ne dit rien de la trajectoire d'une entreprise prise isolément, il ne sert qu'à situer un point de départ.

Ce que cela implique pour le prochain exercice CSRD

Le relèvement des seuils du paquet Omnibus a réduit le nombre d'entreprises luxembourgeoises directement soumises à la CSRD, mais celles qui restent dans le périmètre gagnent à utiliser ce benchmark comme grille de lecture pour leur prochain exercice plutôt que comme simple contexte de marché. Trois points de vigilance opérationnelle se dégagent des chiffres publiés par Euronext :

  • Comparer sa propre évolution du scope 1 et 2 sur trois ans, quand l'historique existe, au repère de baisse moyenne de 7 % plutôt qu'à un objectif absolu.
  • Situer l'intensité énergétique de l'activité par rapport au repère de 19 % de réduction observé chez les grandes capitalisations, en tenant compte de la taille et du secteur.
  • Évaluer l'intérêt d'un engagement SBTi comme élément de crédibilité, au regard de son adoption par plus de 250 sociétés cotées Euronext.

Aucun de ces repères ne constitue une obligation réglementaire en tant que telle : ils décrivent une moyenne de marché, pas un seuil légal. Ils permettent en revanche à une direction financière ou à une fonction durabilité de situer objectivement son propre reporting avant de le soumettre à son conseil d'administration ou à ses parties prenantes, dans un contexte où le périmètre CSRD s'est resserré mais où l'exigence de comparabilité, elle, ne baisse pas.

Sources

  1. Euronext : ESG Trends Report 2026 (communiqué officiel, 14/09/2026)
  2. Novethic : « entreprises cotées en pleine stagnation ESG » (17/09/2026)
  3. ESG News : « Euronext ESG Report Finds 19% Energy Efficiency Gain »
  4. AEF info : « Malgré le backlash ESG, entreprises et investisseurs restent engagés » (Euronext)